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TRIBUNE / DENIS RUIDANT, OTRA / 04 NOVEMBRE 2026

Le PEB tue
l’innovation
et le bon sens !

Une maison mérite mieux qu’un verdict de logiciel.

Nous refusons qu’une rénovation soit mise au pas d’une étiquette. Conserver des cadres en bon état, récupérer des matériaux, choisir des fibres végétales et chauffer les pièces selon leur usage : ces décisions méritent un examen complet. Les disqualifier sur un score, sans bilan des ressources ni regard sur le bâtiment habité, est un contresens. Pire : lorsque la course à la lettre passe avant le diagnostic, on peut payer des travaux qui aggravent l’humidité, fragilisent les parois et créent de nouveaux désordres. Voilà le bon sens que nous défendons.

Maison Fond des Cloches 31 après rénovation, façade blanche et toiture sombre.
Fond des Cloches 31, Wavre · une maison conservée et transformée · Archives OTRA

Le PEB doit rendre des comptes.

Le PEB est devenu un raccourci commode pour parler d’un bâtiment. Une classe, une couleur, et le jugement tombe. Mais une maison n’est pas seulement une enveloppe et une installation de chauffage. C’est aussi une structure déjà construite, des ressources mobilisées, des matériaux que l’on garde, des espaces et des habitants.

Nous contestons le pouvoir donné à cette étiquette lorsqu’elle devient un verdict sur la valeur écologique et la qualité d’une rénovation. C’est là que le PEB tue l’innovation : lorsque sa note ferme la discussion avant l’examen du projet. Une étiquette ne doit pas devenir un permis de jeter ce qui fonctionne.

01 / LE MODÈLE ET LA MAISON

50 119 kWh sur le papier.
Pas au compteur.

À Fond des Cloches 31, le certificat du 18 octobre 2023 affiche une classe D et 328 kWh/m² par an. Son total de 50 119 kWh/an est exprimé en énergie primaire. Le présenter comme la consommation réellement achetée par les habitants serait trompeur.

16 948

kWh/an
Besoin de chaleur calculé

20 048

kWh/an
Énergie finale calculée

50 119

kWh/an
Énergie primaire calculée

Trois résultats du même certificat, p. 4. Aucun n’est un relevé de consommation réelle. L’écart avec l’usage de cette maison n’est pas chiffré ici : les relevés doivent être consolidés par période et par usage.

Le PEB applique des conditions d’utilisation standardisées pour comparer les logements. Cette méthode a une fonction. Elle ne décrit pas exactement la météo d’une année, la façon d’occuper les pièces ou de régler le chauffage. La brochure officielle distingue elle-même le calcul et la consommation réelle. SPW · comprendre le certificat ↗

Notre critique est simple : on ne peut pas donner à un calcul théorique l’autorité d’une observation du bâtiment habité. Comparer le modèle aux mesures, expliquer les écarts et observer le confort devraient faire partie de l’évaluation.

LE CERTIFICAT / CE QUI SE CACHE DERRIÈRE LE VERDICT

« Médiocre », 35 %.
De quoi parle-t-on ?

À la page 10 du certificat de Fond des Cloches, la performance du chauffage apparaît dans une zone rouge, avec un rendement global de 35 % en énergie primaire. Un lecteur peut y voir un chauffage qui gaspillerait presque les deux tiers de son énergie. Ce chiffre ne mesure pourtant pas un tel gaspillage dans la maison.

Les postes de la page 4 permettent de reconstituer le calcul : 16 948 kWh de besoin de chaleur, auxquels s’ajoutent 2 533 kWh de pertes de chauffage calculées, donnent un rendement final implicite d’environ 87 % dans le modèle. Avec la conversion électrique en énergie primaire de 2,5, on retrouve environ 34,8 %, arrondis à 35 %. Ce sont les conventions du calcul, pas un essai de rendement des films installés.

Qualifier un système de « médiocre » avec un indicateur aussi facile à confondre avec son rendement physique produit un message brutalement réducteur. La méthode doit assumer ce qu’elle exprime, et la présentation doit rendre cette différence impossible à manquer.

Le facteur 2,5 traduit ici une convention de ressources énergétiques en amont. Il n’est ni le facteur carbone de chaque kWh consommé, ni le relevé du compteur. Le SPW l’explique dans son projet de plan de rénovation de novembre 2025, p. 37. SPW · conversion en énergie primaire ↗

Une valeur par défaut n’est pas une fuite d’air mesurée.

Page 9, le certificat indique explicitement une valeur d’étanchéité de 12 m³/h·m² par défaut, en l’absence de test. Cette valeur participe au modèle. Elle ne mesure pas les fuites réelles de la maison ; seul un test permettrait de les établir. Nous n’en déduisons pas une meilleure étanchéité sans preuve.

Notre objection est nette : une incertitude de mesure ne doit pas disparaître derrière l’apparente certitude d’une lettre. Le lecteur doit pouvoir repérer les données observées, les preuves manquantes et les valeurs conventionnelles qui influencent son résultat.

4 700 W et 16 948 kWh : ne pas mélanger les unités.

Le propriétaire indique une puissance maximale installée de 4,7 kW et décrit un fonctionnement piloté par thermostats. Le PEB calcule 16 948 kWh de chaleur par an. Une puissance et une énergie annuelle ne se comparent pas directement. Leur différence n’est pas une preuve d’erreur du certificat.

Le système est d’ailleurs identifié : le certificateur mentionne les filets radiants noyés dans les plafonnages. La question à examiner est plus précise : comment les hypothèses de fonctionnement et les paramètres de régulation représentent-ils cette installation ? Le certificat seul ne permet pas de vérifier tout l’encodage.

Une convention peut servir à comparer. Elle ne doit pas se faire passer pour la maison entière.

FOND DES CLOCHES / RETOUR D’USAGE

Infrarouge :
une démarche low-tech.

18,9 °C

Surface naturelle
des murs

24 °C

Surface des murs
en chauffe

30 °C

Surface des plafonds
chauffants de l’étage

Valeurs approximatives rapportées par le propriétaire pour son installation. Ce sont des températures de surface ; les 18,9 °C ne désignent pas une température annuelle de l’air intérieur.

À Fond des Cloches, le chauffage radiant est intégré aux parois. Chaque chambre possède son thermostat. Le propriétaire décrit le confort obtenu avec ces températures de fonctionnement, sans porter les surfaces aux températures indicatives plus élevées du fabricant.

Nous revendiquons ici une approche low-tech du chauffage : partir du besoin de confort, limiter la complexité des équipements et piloter les pièces selon leur usage. Le choix porte sur un ensemble : le bâtiment conservé, son isolation, les surfaces rayonnantes et la régulation locale. La simplicité technique mérite d’être évaluée au même titre que la performance énergétique.

La sobriété d’équipement doit compter.

Une solution de chauffage n’a pas à multiplier les équipements pour mériter d’être étudiée. Dans cette maison, le rayonnement intégré aux parois et le thermostat de chaque chambre participent à cette recherche de simplicité. L’évaluation doit regarder l’énergie consommée, mais aussi les ressources nécessaires à la fabrication, la durée de vie, l’entretien et l’accès aux composants pour les interventions.

Le terme low-tech décrit une démarche de conception et d’usage, pas une qualité acquise par tout appareil infrarouge. L’ADEME associe cette démarche à l’examen du besoin, à la réduction de la complexité et à la conservation de l’existant. ADEME · comprendre la démarche low-tech ↗

Le chauffage low-tech mérite une évaluation complète. La simplicité ne doit pas devenir un handicap dans la rénovation.

Ce retour d’usage fait partie de ce qu’une étiquette seule ne raconte pas : l’emplacement des surfaces, leur température et le pilotage des pièces. Les consommations et les durées de chauffe permettront de quantifier le résultat énergétique de cette installation.

Lire le chauffage dans le carnet du chantier ↗

02 / LE CARBONE EST AUSSI DANS LES MATÉRIAUX

Le meilleur matériau est parfois déjà là.

Pour ce chantier, le point de départ a été la maison existante. Le dossier décrit une structure et une dalle conservées, des isolants en fibres d’herbe et en bois, un sol associant chaux et granulés de liège recyclé, ainsi que des finitions minérales. Il mentionne aussi des carreaux provenant de fins de stock.

Ces choix poursuivent une logique de sobriété matérielle. Ils méritent une analyse qui considère la fabrication, les transports, les remplacements et la fin de vie. Une classe énergétique ne suffit pas à établir le bilan carbone de ces choix. L’outil belge TOTEM permet précisément d’étudier les impacts environnementaux sur le cycle de vie. Bruxelles Environnement · le rôle de TOTEM ↗

Nous défendons le bas carbone avec des quantités, des références et un périmètre explicites. Le liège recyclé, le bâti conservé et les fins de stock sont des démarches différentes. Les réunir sous une promesse de « zéro impact » n’aiderait personne. Les écarter du jugement global serait une faute de raisonnement. Avant de remplacer des cadres encore utilisables, il faut comparer le scénario « cadres conservés et vitrage amélioré » au remplacement complet, avec leurs gains et leurs impacts sur la même durée. Faire gagner une lettre ne rembourse pas automatiquement la fabrication de nouveaux matériaux.

Granulats de liège, treillis et passages techniques pendant la rénovation du sol.
Le sol avant d’être recouvert. Chaux et liège sont référencés dans le dossier du chantier.

03 / INNOVER DOIT RESTER POSSIBLE

La preuve doit ouvrir des portes.

Le réemploi et les solutions moins courantes doivent prouver leurs performances. Nous voulons une construction fiable, durable et sûre. Mais si la difficulté à faire reconnaître une solution finit par dicter le choix du matériau, le système récompense ce qui entre facilement dans ses cases. C’est ce risque de verrouillage que nous dénonçons.

Buildwise décrit un cadre normatif du réemploi encore en construction et des travaux pour mieux justifier les performances : informations disponibles, tri, essais adaptés et gestion du risque. Des voies de reconnaissance se développent ; les rendre praticables est essentiel. Buildwise · justifier les performances du réemploi ↗

Exiger des preuves est nécessaire. Faire de la nouveauté ou de la récupération un handicap permanent serait un échec. La rénovation a besoin de méthodes capables de reconnaître les solutions pertinentes, y compris lorsqu’elles ne reproduisent pas la recette la plus habituelle.

04 / QUAND LA COURSE AU SCORE DÉRAILLE

Améliorer l’étiquette.
Abîmer la maison.

Le problème peut dépasser l’injustice d’une note. Des travaux mal pensés peuvent aggraver une situation existante ou créer des désordres qui n’étaient pas là. Nous dénonçons cette incitation insidieuse à choisir d’abord ce qui fait monter le score, puis à examiner trop tard ce que la maison peut supporter.

Voici des mécanismes concrets à examiner avant de décider :

  • Isoler un mur déjà humide. L’origine de l’eau, l’exposition à la pluie et la capacité de séchage doivent être étudiées avant de fermer une paroi. Un problème existant ne disparaît pas derrière un doublage.
  • Changer les fenêtres sans repenser le renouvellement d’air. Homegrade décrit le déplacement possible de la condensation vers les parois froides après un remplacement de châssis, avec apparition de moisissures si la ventilation est insuffisante.
  • Isoler par l’intérieur sans traiter les détails. Le système doit être adapté au mur, à son humidité, à son exposition et aux raccords. Une mauvaise conception peut favoriser la condensation cachée et la dégradation des matériaux.

Ces risques sont décrits par les organismes techniques : Homegrade explique les mécanismes d’humidité et la nécessité d’associer isolation et ventilation ; Buildwise insiste sur l’examen préalable, la conception et la qualité d’exécution de l’isolation intérieure. Homegrade · humidité, condensation et ventilation ↗ · Buildwise · conditions de réussite de l’isolation intérieure ↗

Le bon sens constructif, c’est diagnostiquer avant de prescrire. Un matériau biosourcé ne dispense pas de cette étude. Une paroi doit pouvoir fonctionner dans son environnement, et un logement doit être correctement ventilé.

Gagner une lettre et perdre un mur : voilà une rénovation ratée.

Les sources documentent les risques physiques des travaux inadaptés. Notre position porte sur le choix des priorités : faire du score PEB l’objectif dominant peut encourager ces erreurs, lorsque l’étude du bâtiment devient une formalité. Le diagnostic doit pouvoir modifier le programme, l’ordre des travaux ou la solution retenue. Un gain de classe ne justifie jamais de sacrifier la durabilité du bâti.

05 / CE QUE NOUS DEMANDONS

Juger la rénovation entière.

Nous voulons une évaluation qui fasse apparaître ensemble :

  • L’énergie : le calcul, ses hypothèses et les consommations suivies en usage.
  • Les ressources : ce qui est conservé, ajouté, recyclé ou réemployé, avec une évaluation du cycle de vie.
  • Le confort : les températures vécues, l’humidité, la qualité de l’air et les réglages.
  • La durée : la réparabilité et la capacité du bâtiment à évoluer.

Une faible consommation peut aussi venir d’un logement insuffisamment chauffé. Elle doit donc être lue avec le confort et les conditions d’occupation. Le terrain mérite autant de rigueur que le modèle.

Une rénovation qui se contente de gagner une lettre peut manquer sa cible. Nous voulons économiser l’énergie, les ressources et les transformations inutiles.

Depuis septembre 2026, le certificat wallon comporte de nouveaux repères et un parcours indicatif de rénovation. Le SPW précise que ce parcours automatisé ne remplace pas une étude personnalisée. Le cas présenté ici reste celui d’un certificat établi en 2023. SPW · évolutions du certificat en 2026 ↗

Notre ligne est ferme : le PEB doit rester un outil, et cesser d’être traité comme un tribunal de la rénovation. Pour nous, une politique qui laisse si peu de place au bilan des ressources et à la réalité habitée freine les réponses dont nous avons besoin. Nous demandons une évaluation qui sache reconnaître ce qui est conservé, expliquer ce qui est supposé et confronter ses résultats au bâtiment habité. La maison n’a pas à s’effacer pour que le modèle ait raison.

SOURCES / LE DÉBAT RESTE OUVERT

Une position, des pièces à lire.

Cette tribune exprime le point de vue d’OTRA. Pour Fond des Cloches 31 : certificat PEB du 18 octobre 2023, p. 1, 4, 9 et 10 ; DIU de rénovation 2023 ; fiche chantier et notes « Pour César ». Le dossier permet de décrire les choix constructifs ; il ne constitue pas une analyse de cycle de vie complète du bâtiment.

WAVRE / BRABANT WALLON / BRUXELLES

Regardons votre maison.

La zone à rénover, son état, vos envies. Quelques photographies et la commune du projet nous aident à préparer le premier échange.

Parler de votre projet